
Les mobilisations sociales n’ont pas commencé en septembre. Déjà cet été, les pompiers ont manifesté face au manque de moyens pour éteindre les mégafeux, les parents ont dénoncé les bouilloires thermiques et les écoles irrespirables. Que ce soit lors des Gilets Jaunes en 2018, lors du mouvement climat en 2019, des mouvements retraites en 2023, lorsque les agriculteurs se sont mobilisés contre le Mercosur et contre la loi d’urgence agricole en 2025, les français n’ont eu cesse de se mobiliser. Il y a eu 2 millions de signatures contre la loi Duplomb, qui n’a eu pour seule réponse une fin de non – recevoir.
A chaque mobilisation, la réponse est théorique : des cahiers de doléances, des conventions citoyennes, des discours d’appel au calme, sans prendre en compte la fracture sociale. Toujours le mépris du dialogue social par le gouvernement.
Malgré tout, nous continuerons les mobilisations. Les lycéens ont impressionné le pays par leur courage et leur persévérance. Mais face à des mineurs, les politiques de maintien de l’ordre sont de plus en plus violentes. L’abandon d’une logique de gestion pacifique des manifestations par la police et le choix d’une stratégie axée sur la répression et l’usage d’armes intermédiaires nous inquiètent. Comme tant de manifestants, nous nous sommes faits gazés, nassés, chargés par les CRS. Le nombre de violences policières n’a cessé d’augmenter et avec elles les interpellations abusives.
Les médias organisent le débat autour d’une impasse : dénoncer les politiques violentes de maintien de l’ordre, ce serait soutenir les casseurs. Condamner l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges, ce serait faire le jeu du gouvernement. Nous ne pouvons pas rester prisonniers de cette logique, qui cherche à décrédibiliser le mouvement.
Dom Helder Camara, figure de la théologie de la libération, rappelle que la violence révolutionnaire est une réaction à la violence institutionnelle : celle qui organise et perpétue les injustices par les institutions. Aujourd’hui, gardons les yeux rivés sur les causes des mobilisations que nous avons été si nombreux à rejoindre. Car la colère des jeunes résonne dans nos rues : Quel sens de la devise républicaine quand l’école publique n’assure plus une égalité d’accès à l’éducation, quel est le sens de nos études si nous sommes remplacés par l’IA, si les dirigeants et l’ensemble des adultes ne prennent pas leur responsabilité et restent immobiles face aux défis climatiques et à l’augmentation des inégalités ? Quand les dirigeants entendront-ils nos colères ?
Don Helder Camara continue ainsi : “Je ne prêche pas la révolte. Ce que je dis c’est que la misère n’est pas créée par Dieu. C’est une injustice contre Dieu. Alors je prêche le combat contre la misère”. Ainsi nous voulons prendre part à ce combat pour un monde plus juste.
Pour lier le geste à la parole, Lutte et Contemplation propose à toutes et tous de continuer à se mobiliser et de choisir des signes et des attitudes qui annoncent la société que nous voudrions voir advenir. Cela peut être de rejoindre les cortèges pour manifester notre soif de justice car il n’y a pas de paix sans justice.
En tant que chrétiens nous voulons faire de nos églises et lieux de culte des espaces refuge pour les manifestants. Proposer un espace de recueillement, d’écoute et de prière, pour vivre ces temps de luttes ensemble, offrir du réconfort et distribuer des textes de la tradition des luttes non-violentes pour la justice.
Organiser des temps d’échange pour éviter que la sidération et l’isolement exacerbent la peur et le repli. Nous avons besoin de pouvoir s’exprimer, échanger, dire nos peurs, nos joies, nos doutes. Cela peut-être dans nos paroisses, dans nos immeubles, dans le bar du coin, avec des frères et sœurs d’autres religions pour s’écouter et dialoguer.
Que les cercles de silence pour sensibiliser à l’ouverture de la COP 31 dans 1 semaine, rappellent le lien qui existe entre la crise climatique et les revendications actuelles et que le monde entende les cris des pauvres et de la terre.
Et pour les plus audacieux, nous déclamerons des textes proches de lieux symboliques pour faire entendre les Béatitudes.
« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l’Éternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu » Michée 6:8 :
